Un résident écrivain!

Un résident écrivain! 18 janvier 2019

Faire revivre une religieuse en mission auprès des autochtones de l’Ouest canadien, c’est le tour de force qu’a réalisé Claude Girard à travers le récit «Les dessous du voile de Gertrude».

Avec en main des documents historiques, de 1916 à 1978, et d’un enregistrement sonore qu’il avait réalisé il y a une quarantaine d’années, Claude Girard raconte les mémoires de l’une de ses tantes. Une des premières sœurs de Nicolet à avoir vécu comme missionnaire.

Une religieuse de la congrégation des Sœurs de l’Assomption de la Sainte-Vierge qui s’était exilée de son Sainte-Monique natal pour partir en mission chez les Amérindiens à Onion Lake et à Hobbema, en Alberta.

C’est un problème de santé qui avait fait en sorte qu’elle s’était retrouvée à cet endroit. «Puisque le climat est plus sec, les sœurs se disaient que peut-être ça allait l’aider», raconte l’auteur qui l’a rencontrée quelques fois au fil de sa vie.

Partie de Montréal au début de la vingtaine, Sœur Gertrude aura passé près de 60 ans en mission dans l’Ouest canadien avant de revenir passer les dernières années de sa vie à Nicolet. Elle pouvait revenir dans la région une fois tous les sept ans. C’est lors de ces moments que Claude Girard a pu la côtoyer, d’abord à l’adolescence, où il s’était intéressé à cette mystérieuse tante, puis à l’âge adulte, où il avait pu approfondir ses contacts.

Chaque fois, elle ramenait des documents racontant ses mémoires qu’elle remettait aux parents de Claude Girard. Des archives qui ont été parfaitement conservées jusqu’à ce jour et que l’auteur s’apprêtait à remettre à la congrégation au moment de notre rencontre.

Ce sont les Sœurs de l’Assomption qui lui en ont fait la demande. «Elles n’avaient aucunes archives de cette mission», raconte Claude Girard, qui a notamment voulu écrire ce récit par devoir de mémoire.

Il s’était aussi rendu la visiter, à la fin de son séjour, en 1979, où il avait pu voir des lieux où la religieuse a vécu. Il en avait alors profité pour mener une grande entrevue d’une durée de 75 minutes au cours de laquelle elle lui avait raconté sa vie de missionnaire. Il avait aussi pu la visiter régulièrement à l’infirmerie de Nicolet jusqu’à sa mort, en 1983.

Il y a quelques mois, pour contrevérifier les faits qu’il avait en main, il a fait sortir la fiche de la de la religieuse que l’on appelait «Saint-Hectare». Celle-ci indiquait les fonctions qu’elle avait accomplies au cours de sa vie, ainsi que les années où elle les avait occupées. Ce qui correspondait exactement avec ce qu’il avait en main.

De nombreuses anecdotes

Durant 14 mois, il a épluché les mémoires autobiographiques qu’elle avait laissées, en plus de réunir quelques photos de sa vie. C’est ainsi qu’il a pu concocter son «récit merveilleux» qui raconte le cheminement de vie de la religieuse tout en respectant le langage et le contexte de l’époque.

Il faut dire que la vie de Sœur Gertrude n’est pas banale. Elle est arrivée dans l’Ouest canadien à une époque où il n’y avait pratiquement pas de civilisation alors que s’achevaient les débuts de la colonisation. Le tout dans un milieu qui ne parlait pas le français, mais l’anglais et le dialecte des Cris.

 

 

C’est ainsi qu’elle s’est jointe à une école que les Sœurs de l’Assomption avaient ouverte en 1894, où elle s’est occupée d’enfants Cris et Métis ainsi que de ses consoeurs religieuses. Ayant été élevée sur une ferme, elle est devenue la «sœur à tout faire», s’occupant autant du travail des animaux que de la fabrication du pain et du beurre, des tâches ménagères, de la couture, de la surveillance en plus d’agir comme aide-soignante.

Le livre revient sur plusieurs pans de sa vie et raconte des centaines d’anecdotes qui ont parsemé les jours de cette religieuse qui a été très aimée lors de sa mission. Au point où, durant la grippe espagnole, elle a été la personne qu’un jeune Indien a voulu voir absolument avant de mourir.

Elle a même réalisé deux «miracles»! Du moins, c’est ce qu’on pouvait croire à l’époque, alors que la médecine n’était pas encore très avancée. «Le premier, c’était un enfant qui avait avalé un sou. Elle lui a demandé de tenir l’image du frère André et de manger du pain. Ça l’a aidé à la digestion et le sou à passer, raconte-t-il. L’autre, c’était une aiguille qu’une jeune fille s’était rentrée dans un doigt. Encore avec l’image du frère André, elle a pris une pince et elle l’a retirée. Elle l’a ensuite assurée qu’elle était guérie, alors elle l’était!»

Un souci d’exactitude

Ce récit, Claude Girard a toujours voulu le raconter. «Je me suis dit, c’est presque impossible qu’on passe à côté d’une histoire semblable», souligne Claude Girard, l’ancien maire de Grand-Saint-Esprit, de 1992 à 1997, et qui était impliqué durant les belles années de l’ancienne Foire agroalimentaire d’automne.

Il a toutefois voulu prendre un peu de recul avant d’entreprendre l’écriture. Parce qu’il voulait s’assurer de l’exactitude de ses écrits qui concernaient non seulement une personne, mais aussi une congrégation religieuse et une communauté autochtone.

Il a eu envie d’écrire au début des années 2000, mais il a encore préféré attendre, par manque de temps. Puis, écoulant des jours paisibles au Havre du Faubourg, il a décidé de se lancer pendant qu’il est encore en forme à l’âge de 84 ans.  «Je me suis assis et là, j’avais assez de preuves pour écrire un récit qui est véridique», raconte-t-il.

Ce que lui ont confirmé des religieuses après avoir consulté son livre. «Il y a trois Sœurs qui l’ont lu, dont une a été missionnaire à Hobbema et dont Sœur Gertrude a été sa Supérieure. Elles m’ont dit qu’elles avaient été très heureuses de le lire, qu’elles avaient appris bien des choses et, qu’à sa connaissance, il n’y avait personne d’autre qui avait écrit un récit véridique sur une sœur missionnaire.»

Le livre n’est pas disponible en librairie, mais il est possible de se le procurer à la pharmacie Jean Coutu de Nicolet au coût de 15$.